Thibault Krier, Maison Chapoutier : "Un sol déstructuré est un sol mort"

03.12.2015

Thibault Krier est responsable d’un des domaines Michel Chapoutier. Il conduit les 95 hectares de vignes situées dans les différentes appellations rhodaniennes - Hermitage, Saint-Joseph, Saint-Péray ou Cornas - en bio ou en biodynamie. Sur l’ensemble de ces parcelles, un même objectif est poursuivi. Celui d’amener et de maintenir la vie dans les sols. Témoignage.

 

Si le vignoble de la Maison Chapoutier est localisé dans de multiples appellations, donc sur différents terroirs, il n’en reste pas moins que l’entretien des sols poursuit un objectif commun : celui du maintien d’une « bonne vie microbienne », quelles que soient les parcelles. « Sans vie dans les sols, il n’y a pas beaucoup d’échanges entre la plante et le terroir et la plante ne peut pas exprimer tout son potentiel », argumente Thibault Krier.

 

 

Pour assurer le maintien de cette bonne « activité », celui-ci amène, avant l’hiver, des composts organiques, sur l’ensemble du parcellaire. L’idée étant en effet que les éléments minéraux - azote, phosphore, potasse - soient disponibles au printemps suivant, au moment du débourrement. « Le compost de mouton présente l’intérêt d’apporter de la vie microbienne et une certaine structure ; ils sont plus simples et plus respectueux de la matière », justifie le responsable technique, en lien notamment avec le fait que la fabrication des granulés permette de conserver vivants les micro-organismes. Ces apports lui servent par ailleurs à compenser chaque année ce que la vigne consomme en matière organique : « Ainsi, on équilibre », poursuit celui-ci.

La forme sous laquelle est amené ce compost diffère néanmoins selon la topographie. Une quarantaine d’hectares de vignes est en effet particulièrement pentue, car située en coteaux. Sur ces parcelles non mécanisables, l’apport se fait donc sous forme de granulés, avec un « VG100 » conforme au cahier des charges établi, à la main, au semoir. En plaine, le compost est amené en vrac, à l’aide d’un épandeur, puis est aussitôt enfoui. Sur ces parcelles, l’objectif poursuivi par ces apports est également d’apporter une meilleure structure au sol : « Les galets roulés peuvent tasser le sol lors des passages d’engins, explique Thibault Krier. Or un sol déstructuré est un sol mort, même s’il y a apport de matière organique… C’est donc une façon de décompacter les sols, naturellement ».

Et l’investissement « temps-homme » consacré par la maison M. Chapoutier est de taille : le chantier monopolise une quinzaine de personnes pendant trois semaines pour l’ensemble de ce domaine…
 


Du compost biodynamisé fait “sur-mesure”

Pour ses domaines conduits en Biodynamie, il est nécessaire d’apporter un compost produit spécifiquement pour ce type de culture. La Maison Chapoutier a choisi de confier une partie de la fabrication de son compost « biodynamisé » à OvinAlp depuis 2015.
« Nous travaillons le fumier de mouton pendant trois mois en biofermentation solide à l’air libre, explique Caroline Durand, OvinAlp. Les préparations biodynamiques 502 à 507 sont incorporées en deux fois durant le processus. Un suivi de température journalier est effectué pour contrôler la bonne mise en œuvre du compostage. Les retournements du fumier sont réalisés en fonction du calendrier lunaire propre à la biodynamie. Toutes ces opérations sont bien sûr effectuées en concertation avec l’équipe technique de Chapoutier ».