Les secrets de la biofermentation solide

03.12.2015

OvinAlp fabrique depuis 1988, dans les Alpes de Haute-Provence, des fertilisants organiques à base de fumier de mouton sélectionnés et compostés selon un procédé de biofermentation solide unique. Mais quelles différences et quels intérêts présente le fumier de mouton composté selon le procédé de biofermentation solide développé par OvinAlp par comparaison aux autres produits organiques ?
Éléments de réponse, avec Caroline Durand, Responsable innovation & communication de l’entreprise.

 

Pouvez-vous nous indiquer la différence entre biofermentation solide et compostage ?

Caroline Durand : Il faut d’abord définir ce qu’est le compostage. Selon la réglementation européenne (CE 1069/2009), les produits d’origine organique doivent subir un traitement thermique à 133 °C – 3 bars pendant 20 minutes pour garantir leur hygiénisation afin d’être utilisés en tant que fertilisants. Cette méthode tue toute activité microbienne. La France a également validé, au niveau national, les méthodes alternatives de compostage qui permettent d’obtenir la même garantie sanitaire tout en conservant des propriétés agronomiques d’intérêt, sous réserve d’avoir obtenu un agrément sanitaire pour cette activité. Il s’agit alors de respecter un certain couple temps/température : 70 °C pendant 12 heures, 65 °C pendant 3 jours, 60 °C pendant 7 jours ou encore 55 °C pendant 14 jours. Mais il existe différents moyens pour y arriver : on peut composter le fumier comme le faisaient nos grands-parents ou le sécher en lui faisant subir un traitement thermique, ce qui est radicalement différent ! Cela aura une incidence directe sur ses propriétés agronomiques et biologiques. Chez OvinAlp, nous avons développé un process de biofermentation solide sur 12 mois, à l’air libre, tout au long duquel nous maîtrisons l’oxygénation, l’humidité et la température du compost, mais ce qui est primordial avant toute chose c’est de toujours travailler avec les même matières premières.
Au cours de ce process, les montées en températures successives dues à l’activité des micro-organismes naturellement présents permettront d’assurer l’hygiénisation complète du fumier de mouton composté. En suivant un cycle annuel, nous respectons la saisonnalité et les fluctuations climatiques propres à notre région, ce qui permet d’enrichir le compost en une flore microbienne diversifiée présentant un intérêt pour les sols. Le produit final est donc vivant car l’activité microbienne est conservée, y compris pour nos pellets, la granulation étant réalisée par pression à froid. Enfin, nos études ont établi que c’est au bout de 12 mois que l’on obtient le rendement humique optimal pour le fumier de mouton… Le compostage permet en effet de transformer des matières d’origine animales et/ou végétales, riches en lignine et en cellulose, en matière humique. Lorsque vous amenez un fumier brut au sol, les bactéries vont devoir immobiliser l’azote du sol afin de dégrader les composés ligneux et cellulosiques pour en faire de l’humus. Une compétition avec la plante va alors s’installer vis-à-vis de l’azote.

Tous les amendements fabriqués à base de produits d’origine organique, animaux ou végétaux, ne sont donc pas équivalents ?

C.D. : Non bien sûr : les uns sont riches en micro-organismes, les autres pas, certains apportent de l’humus stable alors que d’autres non et vous allez comprendre qu’il n’y a pas de hasard…
Je viens de vous l’expliquer, premièrement la différence fondamentale entre les amendements réside dans la constance de composition, ensuite dans le procédé ou la méthode de traitement utilisée tout simplement parce qu’un séchage ou un traitement thermique à température élevée (130°) détruit toute activité micro-biologique présente dans l’amendement alors qu’un compostage maîtrisé permet d’augmenter celle-ci.
Secondement, l’humus provient essentiellement de la lignine et de la cellulose, qui sont les composants principaux des matières végétales. Le fumier de mouton, base de nos amendements, est issu exclusivement d’élevages extensifs et quand les animaux rentrent en bergerie c’est sur des litières de paille qu’ils se retrouvent, ce qui confère à notre amendement un profil type très proche d’un produit végétal avec un rendement humique important, encore amélioré grâce à notre process de biofermentation solide.
En effet au début d’un cycle de biofermentation solide, sur une échelle qui va de 0 à 1, un fumier de mouton brut présente un TrCBM de 0,33, puis de 0,5 après 3 mois de compostage, pour terminer à 0,86 au bout de 12 mois ! À l’inverse, les fientes de poules, lisiers de porcs souvent issus d’élevages intensifs dans lesquels on ne réalise pas de paillage avec des matières végétales ne présentent pour le coup aucun intérêt pour le compostage, et avec un TrCBM de 0,04 ils ne subiront le plus souvent qu’un traitement thermique afin d’être hygiénisés. Néanmoins certains produits comme les lisiers de bovins, dans le cas où ils contiennent de la paille, pourront quant à eux être compostés. Dans ce cas la méthode utilisée est celle du compostage accéléré sur 2 ou 3 mois du fait que ces produits n’ont qu’un faible potentiel à générer de l’humus pendant le compostage : le TrCBM des lisiers de bovins après compostage atteindra 0,2.

Un petit rappel, enfin, sur l’intérêt de l’humus dans un sol agricole ?

C.D. : L’humus entretient la fertilité des sols, il améliore le taux de matière organique, les propriétés physiques, chimiques et biologiques, et agit sur le complexe argilo-humique. La rétention des éléments minéraux est ainsi accrue, avec moins de pertes par lessivage, et la structure du sol améliorée : plus d’aération, de porosité, une meilleure rétention d’eau. Comme il est très long de remonter le taux de matière organique d’un sol, qui diminue naturellement chaque année par le processus naturel de minéralisation, le plus simple reste de l’entretenir par des apports réguliers d’amendements organiques. Le fait que cet amendement soit en plus un produit vivant amène une complémentarité à l’activité microbienne déjà existante dans le sol : les bactéries vont ainsi participer à la dégradation de la matière organique du sol, vont aider à la minéraliser et ainsi participer à la nutrition du végétal, lorsque les champignons et les actinomycètes participeront au processus d’humification.