La jungle des amendements organiques

05.10.2016

Comment ne pas se tromper ?

Parmi la “jungle” d’amendements organiques proposés sur le marché, comment choisir et quels sont les critères de qualité importants à prendre en compte ? Éléments de réponse avec Frédéric Caruso, spécialiste de la vie des sols chez OvinAlp, pour ne pas se tromper et faire les bons choix.


Les indicateurs permettant de mesurer la qualité d’un amendement organique sont nombreux.
Pour un agriculteur, il n’est pas forcément facile de s’y retrouver et les sources de confusion sont multiples… Par exemple, il faut être vigilant sur l’origine des amendements : « Le seul document légal se trouve sur l’étiquette du sac.
Il faut vérifier la différence qu’il peut y avoir entre l’étiquette d’un sac et la documentation technique », explique Frédéric Caruso. Une attention particulière doit être portée à la norme à laquelle répond l’amendement. Celles d’origine animale ou végétale portent le numéro “NFU 44-051” ; celles contenant des boues de stations d’épuration le numéro “NFU 44-095”. Plus généralement, les fabricants adhérents à la charte Unifa (Union des industries de la fertilisation, l’organisation professionnelle française représentant les industries de la fertilisation auprès des pouvoirs publics, des organismes publics ou privés français, européens ou mondiaux) s’interdisent d’avoir recours à des boues de stations d’épuration ou des déchets verts dans la fabrication de leurs produits.

 

 

Les points clés
- Vérifier l’origine / la composition exacte
- Différencier le taux de restitution humique et le taux de matière organique
- Prendre en compte le process technique d’hygiénisation et de bouchonnage
    . Séchage ou bio fermentation
    . Bouchonnage à chaud ou à froid

 

 

Autre exemple d’erreur “fréquemment commise” : la confusion entre le taux de restitution humique et le taux de matière organique d’un produit. « Or cela n’a rien à voir », prévient Frédéric Caruso. Ainsi, une fiente de poule peut avoir un taux de MO élevé, de 60 % selon son degré de séchage, mais une très faible restitution d’humus stable, avec un “TrCBM” de 0,04. Ce dernier est en effet directement lié à sa teneur initiale en lignine et en cellulose, donc souvent en paille, que l’on ne retrouve pas dans les élevages intensifs de volailles.

Outre les taux de matière organique et de restitution, essentiels, d’autres indicateurs comptent : « Il faut connaître le pourcentage précis de chaque intrant composant le produit final, poursuit le spécialiste. Un produit “à base de…” peut contenir uniquement 5 % de cette matière première ! Mais, de quoi sont composés les 95 % restants ? ». Il est par ailleurs nécessaire de vérifier la façon dont a été “hygiénisée” et “bouchonnée” la matière première. Le traitement thermique et le bouchonnage à chaud n’ont en effet pas du tout les mêmes conséquences sur la matière première organique qu’un compostage et qu’un bouchonnage à froid. Les premiers la rendent inerte biologiquement, ce qui limite l’intérêt agronomique évidemment. À l’inverse, les seconds permettent de conserver certains microorganismes d’intérêt, vivants, tout en obéissant à des règles sanitaires strictes. « Un moyen de le savoir consiste à vérifier le taux de matière sèche de l’amendement, conseille Frédéric Caruso. Un taux très élevé, supérieur à 87 %, est souvent synonyme de traitement thermique ».

Enfin, le choix devra aussi s’appuyer sur les “contraintes techniques” liées au produit. Par exemple, l’épandage de fumier frais en quantités importantes – de l’ordre de 10 à 30 tonnes/ha – demande un matériel spécifique.